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classes moyennes

  • La crise, quelle crise ?

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    LA CRISE N’EST PLUS CE QU’ELLE ETAIT

     

    J’ai beaucoup de mal à admettre sans prendre un peu de distance ce que toute la classe dirigeante appelle la « crise ». La crise mais quelle crise ?

    Les couches populaires dans nos villes et nos territoires sont confrontées depuis plus d’une décennie à une crise profonde et donc durable. On assiste depuis longtemps à de multiples fermetures d’entreprises en particulier dans des zones où souvent l’usine du coin faisait marcher l’économie de toute une région. Les restructurations de nombreuses filiales de grands groupes ont entrainé des plans de licenciement massifs et cela depuis plusieurs années. Je ne développe pas plus mais tout le monde a eu à faire à ce genre de situations soit soi même soit dans son entourage. De nombreuses luttes de défenses des emplois ont eu lieu, elles faisaient souvent consensus localement autour d’elles, mais elles étaient peu relayées au niveau national et en tous cas ne donnaient pas un sens à une crise en réalité très profonde. D’ailleurs les mêmes qui défendent leur luttes en employant des moyens parfois radicaux (occupation d’usine, séquestration symbolique du patron, piquet de grève, menace sur l’outil de travail), les mêmes, protestent sur les actions menées par d’autres, sous la seule raison que çà dérange, on parle alors de prises en otage, de grève catégorielle de nantis et j’en passe, comme ce gros mot de « fonctionnaire ».

    La réalité c’est que cette « new crise » touche désormais les couches moyennes, les cadres, les professions libérales, bref ceux qui représentent le petit tiers (ou le bon quart) supérieur des revenus.

    Comment ne pas rappeler que depuis vingt ans nos dirigeants politiques et économiques (souvent les mêmes) encouragent les revenus annexes hors salaires de base, comme les primes aux « mérites » de toutes sortes, les contrats d’intéressement, les plans d’épargne d’entreprise ou autres, bref tout ce qui n’est pas fixe.

    Outre les campagnes idéologiques, l’encouragement est venu aussi des exonérations fiscales et/ou de cotisations sociales. Là aussi tout le monde est schizophrène, on exonère à tout va mais ensuite on s’étonne que les remboursements maladie baissent, que les routes ne soient plus entretenues comme avant, que la retraite soit si faible.

    La montée en forte puissance des différents types de précarités, dans les entreprises comme dans la population qui ne travaille pas, ont permis de rendre les salariés en place encore plus dépendants et soumis à leur hiérarchie. On en était à théoriser dans les séminaires de DRH sur le stress « positif » au travail.

    Dans le même temps tout le monde « jouait » à se faire peur sur les retraites par répartition prétendues ne pouvoir plus assurer le même niveau de pensions, sur la dette du pays qu’auraient à payer nos enfants etc.

    Dans ces conditions, comment ne pas répondre positivement aux sollicitations des banques et assurances (ce sont les mêmes) quand on a mis un peu d’argent de coté, gagné durement et de manière incertaine. D’autant plus que ces placements le plus souvent avantageux sur le plan fiscal, voient leur valeurs grimpées tous les jours, quelle aubaine ! Seulement voilà les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel !

    Entre 2002 et 2007 les valeurs boursières ont doublées de valeur, de 2007 à ce jour elles ont rebaissées d’à peu près autant, dans le même temps l’économie dite réelle n’a évidemment pas fait un tel « yoyo ». C’est bien sur un désastre pour ceux qui ont fait des placements dans tous ces produits financiers que leur banquier mettait si généreusement à leur disposition.

    Ce processus actuel a touché et touche désormais les épargnants moyens, mais pas les petits et pas les très gros. Pour les gros avouons que çà n’a pas beaucoup d’importance et ils ont d’autres moyens pour se prémunir (les paradis fiscaux par exemple), quand aux « petits » pour la plupart faute de moyens ils sont restés dans des produits classiques et sans grands risques.

    Tous les autres n’ont pas depuis longtemps les moyens mêmes minimes de mettre quoi que ce soit de coté, au contraire ils sont souvent très endettés voire surendettés.

    Je ne nie pas que la situation actuelle soit grave, elle aura des répercussions sur l’ensemble de l’économie et le peu de tissu économique, industriel qui nous restent devraient souffrir gravement, et ce sont toutes les catégories laborieuses qui en subiront les effets.

    Ce que je mets en avant et dénonce c’est cette espèce de « buzz » médiatique et politique qui déferle actuellement, tous çà parce que cela touche les couches moyennes, et peut-être un peu aussi les élites, qui se sont bien agitées sans vergogne ces dernières années avec l’argent.

    Certes ces couches moyennes ne sont pas coupables de ce qui leur arrive, mais sûrement un peu responsable par la mentalité individualiste et égoïste qui s’est développée car encouragée par tout ce qui fait l’opinion dans nos pays (encore) riches, « la volaille qui fait l’opinion » que chante Souchon.

    Si cette crise, qu’encore une fois je ne nie pas, pouvait avoir le mérite de poser des questions souvent moqués ces dernières années, comme le rapport à inverser entre le salaire et la rente (le capital), l’inégalité des populations dans chaque pays et dans le monde, la solidarité contre l’individualisme, la mutualisation des problèmes au lieu du « chacun pour soi », alors notre monde pas très joli en ce moment retrouverait un peu de sens.

    Cet avenir n’est pas certain mais on peut le désirer et garder l’espoir… à gauche en ce qui me concerne.

     

    Patrick FOREST

     

    Paris le 23 janvier 2008