13 octobre 2007
Kessler super traitre !
Denis Kessler a été dans sa jeunesse adhérent à l'Union des étudiants communistes à HEC (je n'ai pas vérifié cette information), avant ou après, membre de la "Gauche Prolétarienne " et, plus tard, numéro deux du MEDEF. Par comparaison, Eric Besson, sous-ministre de Sarkozy n'est qu'un "petit bras". Éditorialiste du magazine "Challenge" il décrypte la politique présidentielle en proposant de revenir sur les acquis du programme du Conseil National de la Résistance :
Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !
« Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! À l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées – toujours qualifiées d’« historiques » – et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises. Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les « tabouise » en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après-guerre apparaissent sacrilèges. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi disparition du Parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse. » Le magazine Challenges, 4 octobre 2007.
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05 octobre 2007
Sannat : précisions

Suite à certains commentaires tout à fait justifiés de mes amis lecteurs, je précise que la publication de "Venez faire la fête à Sannat" a été faite par dérision.
Bien évidemment, l'action du "village gaulois" n'est pas un exemple à suivre, ce n'est pas ainsi qu'il faut faire de la politique. Dont acte !
Mais ensuite, je suis allé chercher la photo officielle reproduite ci-dessus, je ne l'avais jamais vue ! Après cette vision, il me semble qu'au contraire, elle devrait être largement affichée, au-delà des mairies, commissariat et chambres des commandants à bord des navires de combat. Par exemple dans les entreprises, les écoles, collèges etc.…
En effet, elle est tellement "nulle" qu'elle ne peut que nuire à "l'omniprésent".
Promis : mes prochains messages seront, je l'espère, plus sérieux !
13:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04 octobre 2007
Venez faire la fête à Sannat !
RÉSISTANCE : Le village qui dit “non” à Sarkozy
Sannat et ses 370 habitants refusent d’accrocher en mairie le portrait du nouveau président. Le conseil municipal entend par ce geste résister à ses “façons impériales”.
Le président Sarkozy, alias “Tsarkozy”, dirige la France d’une poigne impériale. Toute la France ? Non, un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours au nouveau président. Les habitants de Sannat, petit village creusois de 370 habitants dans le cœur rural et désertique de la France, ont décidé que leur minuscule mairie n’afficherait pas le portrait du nouvel occupant de l’Elysée.
“Les gens diront que c’est une décision politique, mais ce n’est pas politique. C’est une révolte démocratique. Nous n’aimons pas le style de Sarkozy, sa façon de gouverner, de s’immiscer dans tous les débats et de tout prendre en main, comme si le Premier ministre et le reste du gouvernement n’existaient pas. Nous croyons en une autre démocratie, plus authentique”, déclare Henri Sauthon, maire de Sannat. Le conseil municipal de Sannat a donc décidé, par cinq voix contre quatre, de refuser le portrait officiel du nouveau président. Les portraits présidentiels sont, en effet, offerts à chaque mairie de France mais aucune loi ne les oblige à les accepter.
Sannat se trouve dans le magnifique mais agonisant département* de la Creuse, incarnation parfaite de la France profonde*. Les sondages indiquent que Sarkozy est très populaire, notamment dans les zones rurales. Que se passe-t-il à Sannat ? “Il est populaire aujourd’hui, mais il le sera peut-être moins dans cinq ans”, observe Henri Sauthon, agriculteur à la retraite de 81 ans. “La roue aura peut-être tourné, notamment grâce à Sannat. Ça pourrait être le début d’une révolte, pas tant contre le programme de Sarkozy que pour protester contre son égocentrisme et son style autocratique.”
Le maire reconnaît être “un homme de gauche” et la commune, ainsi que tout le département, a voté pour Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle. Le maire soutient pourtant que sa décision ne se limite pas à une opposition droite-gauche. “Nous avons le portrait du président Chirac et nous le garderons, mais nous marquons notre opposition aux façons impériales de Sarkozy”, explique-t-il.
*En français dans le texte.
John Lichfield
The Independent
SOURCE : Courrier international n° 883
20:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Arrêt Sur images
Vous vous souvenez de l'émission "Arrêt Sur images" de Daniel Schneidermann ?
Elle ne plaisait pas aux hommes des médias et du pouvoir.
Elle prend un nouveau départ :
http://arretsurimages.net/

18:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19 septembre 2007
Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire
Contrairement à une idée reçue, les polytechniciens ne constituent pas une « élite » de droite !
L’histoire a montré que, par exemple, en 1830, 1848, les élèves de l’École se sont trouvés du côté des révolutionnaires. Louis Vaneau (X1829) est mort sur les barricades….
Je citerai, pour mémoire le commandant d’Estienne d’Orves (X21), fusillé par les allemands en 1941.
Bref, Jérôme Guillet (X89) a publié un article dans Le Monde du 11 septembre 2007 qu’il me plait de reproduire ci-après. Il a signé, ce qui est courageux, « polytechnicien et banquier ».
En fait, l’article est également signé par John Evans et a été publié sur le site suivant (en deux langues et avec des graphiques) :
http://www.eurotrib.com/?op=displaystory;sid=2007/9/10/94...
Bonne lecture !
La France n'est pas en déclin et n'a pas besoin de "réforme" John Evans & Jérôme Guillet
Il est bien difficile aujourd'hui de trouver, dans les médias tant nationaux qu'internationaux, un commentaire sur l'économie française où manquent les mentions obligatoires de son déclin, de la faiblesse de la croissance, ou de la persistance d’un chômage de masse, et qui ne présente pas comme une évidence l'urgente nécessite de "réformes". Entre guillemets, "réformes", car ce mot est devenu un nom de code plus ou moins explicite pour un programme à sens unique : libéralisation d'un marché du travail considéré "trop rigide" via l'assouplissement du code du travail, baisse des charges sur les entreprises, affaiblissement du contrôle de l'État, et, naturellement, baisse des impôts. Des travailleurs plus flexibles et moins chers seraient plus facilement embauchés, ce qui améliorerait la compétitivité des entreprises et leurs profits, sur le modèle anglais ou américain. Et évidemment les 35 heures tant décriées, cette « aberration économique », doivent être éliminées afin de remettre la France au travail.
Le problème est que ce programme, qui sert bien les intérêts des actionnaires et des dirigeants d'entreprise, se base sur une description extrêmement partielle et partiale de la réalité économique.
Le leitmotiv du déclin prend généralement appui sur la croissance plus faible de la France , relativement à celle de pays comme le Royaume-Uni et les États-Unis, ces dernières années, et sur la baisse relative de son PIB par tête. Or cette description tronquée de la réalité ne tient pas compte de la distribution des richesses, et de l'augmentation extraordinaire de l'inégalité dans ces économies censées nous servir de modèle. En fait, toute la richesse créée dans ces pays a été captée par une tranche étroite de la population. Les revenus médians sont stagnants, alors que les revenus des 0,1% les plus riches de la population augmentent en flèche, au point d'être passés de 2% à 7% des revenus totaux en moins de vingt ans aux États-Unis, selon les chiffres de l'étude de Piketty et Saez.
Ces 5% supplémentaires captés par les plus riches sont équivalents à l'appauvrissement relatif des français (dont le PIB par tête est passé de 78% à 72% de celui des américains sur la période, en moyenne) ce qui veut dire que la croissance économique a été identique en France - pour les 99,9% les moins riches de la population....
L'accroissement des inégalités se constate également à l'autre bout de l'échelle des revenus, où on note un taux de pauvreté infantile de 7% en France, de 16% au Royaume-Uni (le double de celui en 1979) et de 20% aux États-Unis (sans oublier les 15% d'américains qui n'ont aucune couverture maladie).
Même en appliquant le seuil de pauvreté américain en valeur absolue (selon un calcul légèrement différent du précédent) il y a moins d’enfants pauvres en France (11% contre 14% - sans parler des 29% du Royaume-Uni), malgré un revenu moyen par tête de 30% plus faible.
Chose extraordinaire en temps de paix, les États-Unis enregistrent aujourd'hui une augmentation de leur taux de mortalité infantile. Un enfant né dans une famille pauvre de ce pays a aujourd'hui une espérance de vie de 15 ans inférieure à celle d'un enfant né dans une famille aisée.
Il est compréhensible de défendre la liberté des membres les plus dynamiques de la société d'entreprendre et de bénéficier des fruits de leur travail, mais cette liberté accordée sans contrepartie s'accompagne inévitablement de fractures sociales bien plus marquées que celles connues en France. Le choix d'un niveau élevé de solidarité et de redistribution modère les revenus des plus riches, soit, mais, fait moins souvent évoqué, pas ceux des autres. Ainsi, la banque UBS a noté que le deuxième décile de revenus a connu une augmentation de son niveau de vie de 7% en France et une baisse de 12% aux États-Unis entre 1997 et 2004, et que le neuvième décile avait connu une augmentation de 12% en France et de 10% aux Etats-Unis. Un Français de revenu modeste ou membre des classes moyennes ou même aisées profite plus de la croissance modérée de l’économie française que son cousin américain ne profite du dynamisme de son pays.
Il semblerait donc que, sur le plan des revenus, les très riches forment le seul groupe qui bénéficie des "réformes". Mais cette conclusion ne fait-elle pas bon marché du chômage dont souffre la France ?
Tout dépend de ce qu'on mesure. Ainsi, parmi les hommes de 25 à 54 ans, 87,6% avaient un emploi en 2004 en France, et 87,3% aux États-Unis, selon les chiffres de l’OCDE. Et pourtant le taux de chômage pour cette catégorie était alors de 7,4% en France, et 4,4% aux États-Unis. La ligne séparant chômage d'inactivité n'est visiblement pas mise au même endroit dans chaque pays... De même, le chômage des jeunes touche 8,4% des 15-24 ans en France, contre 5,5% au Danemark, 7,6% aux États-Unis et 7,5% au Royaume-Uni, donc pas de quoi crier à la faillite du modèle.
Certes, le taux de chômage est nettement plus élevé, mais cela reflète essentiellement le fait que la population active est plus étroite dans cette classe d’âge en France, notamment parce que moins de jeunes trouvent nécessaire d'occuper un emploi tout en poursuivant leurs études.
Mais les français travaillent moins, nous dit on.
Même pas. Les travailleurs français effectuent 37,4 heures par semaine en moyenne, contre 35,6 heures au Royaume-Uni. Les employés à temps plein travaillent effectivement moins longtemps en France (40,9 heures contre 43,2 heures en 2005), mais le nombre élevé d'emplois à temps partiel baisse la moyenne britannique; le nombre d’heures totales travaillées dans le deux pays est à peu près équivalent, pour des populations similaires. Dire que les français travaillent moins est donc tout simplement faux.
Par ailleurs, la France a créé autant d'emplois que le Royaume-Uni au cours des 10 dernières années: 2,5 millions. La seule différence est que, au Royaume-Uni, la création de postes a été très régulière, alors qu’en France, la quasi totalité de ces emplois a été créée entre 1997 et 2002, c'est-à-dire précisément au moment de la mise en place des 35 heures, et ce alors que la croissance mondiale a été plus forte ces 5 dernières années.
Plus remarquable encore, la France a créé plus d'emplois dans le secteur privé (+10% entre 1996 et 2002, selon l'OCDE) que le Royaume-Uni (+6%) ou les États-Unis (+5%). En fait, le Royaume-Uni n'a créé quasiment aucun emploi net dans le secteur privé depuis près de 5 ans, mais a bénéficié de l'augmentation très forte des emplois dans le secteur public.
Cela reflète le fait que les croissances anglaise et américaine reposent très largement sur l'augmentation de la dépense publique, qui a littéralement explosé sous Blair et Bush, passant de 38% à 45% du PIB au Royaume-Uni et de 34% à 37% aux États-Unis entre 2000 et 2006. Dans le cas britannique, cette relance keynésienne (centrée sur les secteurs de l’éducation et de la santé) s'est faite grâce à l'augmentation des impôts et à la cagnotte du pétrole de la Mer du Nord, tandis que l'administration Bush a présidé (pour payer sa guerre en Iraq) à une augmentation sans précédent de la dette publique - et de la dette privée, la plupart des ménages se voyant obligés d'emprunter - sur le dos d'une bulle immobilière également sans équivalent - pour compenser la stagnation de leurs revenus. Mais dans ce cas-là, semble-t-il, il s'agit de "dynamisme". Il paraît cependant légitime de se demander quelle partie du modèle anglo-saxon nous sommes conviés à copier...
Evidemment, il ne s'agit pas de dire que tout va bien en France, ni qu'il n'y a rien à changer. Mais le mot "réforme" est maintenant porteur d'un tel agenda idéologique qu'on aurait sans doute tout à gagner à l'exclure de tout discours qui se voudrait sincère. A moins, bien entendu, que nous soyons tous déjà d'accord que l'objectif qu'il convient de fixer soit effectivement de faire baisser les revenus des travailleurs les plus modestes afin de réduire le fardeau qui pèse sur les quelques "happy few" en haut de l'échelle des revenus.
Il est tentant de se demander si le feu roulant qui tend à déprécier l'économie française provient de ceux qui ne supportent pas l'existence d'un modèle social différent, modèle qui prouverait que la "réforme" n'est pas indispensable. S'il est possible d'assurer la prospérité de presque tous en décourageant la concentration de la richesse entre quelques mains, cela élimine le principal argument des partisans du capitalisme débridé.
Comme l'a dit le milliardaire Warren Buffett, les riches aux États-Unis mènent - et gagnent - la lutte des classes. Depuis la chute du mur de Berlin, ce vocabulaire semble décrédibilisé et désuet, ce dont certains ont su profiter. Il serait temps de noter qu'ils n'agissent pas dans l'intérêt de tous, mais uniquement dans le leur.
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