11 mars 2008

Une chronique de Régis Debray

 

Je cite un article du Monde 

Dépoussiérer les livres..., par Régis Debray

Curieux courriel. J'apprends l'existence d'une commission "Réformer la lecture, moderniser le livre", qui serait présidée par Marc Levy, assisté de Paul-Loup Sulitzer et de Michel-Edouard Leclerc. Créée, me dit-on, à l'initiative de l'Elysée, elle serait en passe de "finaliser" un certain nombre de propositions tendant à redonner, je cite, sa dynamique et sa compétitivité à "une branche industrielle passablement nécrosée qu'il convient de raccorder aux forces vivifiantes de la modernité". Show-biz et quick money.

Un bon point cependant. Le pré rapport épargne au lecteur les fastidieuses platitudes habituelles. Ici, c'est franco de port : "L'heure est venue de briser la croûte de contraintes anachroniques, de frilosités corporatives et d'interdits bureaucratiques qui condamne la chaîne du livre tout entière (auteurs, éditeurs, libraires, bibliothèques publiques) à une prompte faillite. Dépoussiérage ou naufrage, telle est l'alternative." Comme les auteurs affirment ne vouloir qu'un seul juge, le public, je ne crois pas leur porter tort en me faisant ici publiquement l'écho de quelques-unes de leurs recommandations.

1. Fin du dépôt légal. S'il est vrai que le livre sur papier relève du domaine des antiquités, et la Bibliothèque nationale François-Mitterrand du délire d'un pharaon républicain, la conservation des modes de vie anciens a ses limites. La notion de patrimoine aussi. Qu'une ordonnance de François Ier (1537) fasse encore loi à l'ère du numérique confine au grotesque. Feront désormais l'objet d'un dépôt obligatoire les seuls ouvrages qui répondent à une demande réelle du consommateur : la liste des meilleures ventes hebdomadaires de L'Express fera foi. L'offre de livres étant pléthorique, volatile et hétérogène, il faut des repères sûrs.

2. Les moyens de l'autonomie. Sur 16 millions de vieilleries conservées à la BNF, les trois quarts ne font l'objet d'aucune demande de consultation. Il y a dans cette masse d'actifs un lot de livres rares et précieux qui, ajouté aux estampes, cartes et photographies anciennes du site Richelieu, pourrait être utilement mis sur le marché (comme il y a des zoophiles et des pédophiles, il existe des bibliophiles). L'intérêt sera triple. Sanitaire : assainir des réserves d'imprimés où pullulent les agents de corruption chimique et biologique. Sécuritaire : réduire l'effectif des magasiniers, personnel syndicalisé, surpayé (1 000 euros mensuels ou plus), où prospèrent des étrangers souvent en condition irrégulière. Budgétaire : éponger les grandissants déficits de cet établissement public à la charge du contribuable.

3. La publicité audiovisuelle. Le livre souffre d'un défaut de visibilité médiatique et de reconnaissance sociale. Or la France est le seul pays d'Europe qui interdit la publicité des livres à la télévision. Il reviendra aux chaînes privées de remédier à cette anomalie. C'est le seul moyen d'assurer à nos best-sellers locaux, malgré le handicap de la langue, une présence sur le marché qui soit à la hauteur des Da Vinci Code et autres Harry Potter.

4. Abrogation du prix imposé. Limitant à 5 % le rabais autorisé sur ce produit, la loi Lang, typiquement corporatiste et n'hésitons pas à le dire d'inspiration soviétique, punit en fait le consommateur pour complaire à une profession protégée. Prix unique, parti unique, pensée unique : dût-on rougir de cette préhistoire, rappelons que cette mesure remonte à une époque où des communistes siégeaient au gouvernement. Il y a des stigmates à effacer, pour l'honneur du pays.

5. L'affaire Google. Imaginer que l'Europe pouvait et devait répondre à cette entreprise américaine qui entend numériser une quinzaine de millions de livres imprimés relevait d'un amour-propre désuet, quasiment souverainiste. Il est clair qu'un vague consortium d'établissements publics européens n'aura pas les moyens financiers de rivaliser avec le pionnier d'outre-Atlantique. Pourquoi ce dernier nous voudrait-il du mal ? L'Occident ne doit pas disperser ses forces, qu'il s'agisse de la lecture sur écran comme de la chasse au taliban. Il est temps de rallier le Google Book Search en même temps que les commandements intégrés de l'OTAN.

6. Mécénat d'entreprise. Vu les coûts croissants de la numérisation en mode texte du fonds dit classique, le recours au mécénat d'entreprise soulagerait les finances publiques. Plus d'une serait logiquement intéressée à attacher son logo à la version numérique d'ouvrages de qualité. Dassault, à Vol de nuit. Hermès (les écharpes), au Petit Prince. Pfizer (les molécules contre l'asthme), à la Recherche du temps perdu. Ou encore l'American Express, à Paul Morand.

Il est clair que, contrairement aux chauffeurs de taxi, éditeurs et libraires ne peuvent obstruer les avenues. Il y a donc lieu de croire que la vision poussiéreuse du monde propre à une profession du livre ankylosée par des siècles de mauvaises habitudes n'aura pas, cette fois-ci, le dernier mot.

Inutile de dire que cette perspective me fait frémir. Je souhaite bonne résistance à notre petit îlot de papier battu par les vents. Qui peut-on croire aujourd'hui ? Comment distinguer l'authentique de la contrefaçon quand toutes sortes d'incongruités se croisent sur la Toile ? Quand on prête à un président de la République un parler de loubard et qu'on voit tel Black du 93 lui répondre avec des imparfaits du subjonctif ? Tout va à l'envers. Plus de critère ni de garant. Le canular le plus évident est aujourd'hui chose plausible.


Régis Debray est écrivain, directeur de la revue "MédiuM".

chronique "Carte blanche" parue dans Le Monde du vendredi 7 mars 2008

01 mars 2008

Ne fais pas ton Sarkozy !

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En cette période de vacances scolaires, je suis amené à prendre en charge mes petits enfants, ce qui est un plaisir !

Les garçons (2 et 4 ans) sont dans le moment "je veux pas" lorsque nous leur demandons de faire quelque chose qui ne leur convient pas ; ils trépignent de fureur, ils crient et nous devons sévir. Ils font comme Nicolas Sarkozy qui trépigne et "ne veut pas" que le Conseil Constitutionnel censure ses lois.

Les garçons et leur sœur (8 ans) aiment bien aussi  dire des gros mots : "caca boudin" mais aussi "merde" et "con". Nous devons aussi sévir. Ils font comme Nicolas Sarkozy qui dit : "casse-toi pauvre con" à un quidam qui ne voulait pas lui serrer la main.

Pour prévenir ces comportements, j'ai inventé le : "fais pas ton Sarkozy" et cela fonctionne !

18 février 2008

L'appel du 14 février

Pour celles et ceux qui ne l'auraient pas lu, un appel méritoire et qui, contairement à ce qui a été dit n'est pas une attaque "ad hominem" contre Nicolas Sarkozy mais un rappel à la vigilance républicaine.

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L'Appel républicain de Marianne

 

Il se passe de drôles de choses dans notre République. L'actuel Président avait bien promis la rupture. Rupture il y a, mais pas seulement telle qu'elle avait été annoncée. Un gouvernement marginalisé, dont le travail s'avère prémâché par les conseillers du Prince. Rupture.

 

Un Président qui semble déserter la fonction, parlant tour à tour comme croyant ou comme laïc. Rupture.

 

Un Président qui veut mettre la politique en chiffres, comme s'il s'agissait de vendre des petits pois. Rupture.

 

Un Président qui entend diriger ses équipes comme un manager d'hypermarché, distribuant bons et mauvais points, primes ou sanctions. Rupture.

 

Un Président qui reste chef de parti et dont le domaine réservé est davantage la Mairie de Neuilly que la politique de défense. Rupture.

 

Un Président qui prétend substituer au débat contradictoire traditionnel entre majorité et opposition la mise en scène des divergences entre ses courtisans et ses ministres. Rupture.

 

Un Président qui affirme devoir être heureux pour gouverner le pays. Rupture.

 

Un Président qui annule ses rendez vous du soir et du matin pour vivre pleinement son couple. Rupture.

 

La liste est longue des stupéfiantes innovations, que, volontairement ou involontairement, Nicolas Sarkozy a introduit dans la politique présidentielle. Ce nouveau cours suscite donc des inquiétudes, une anxiété même. C'est cette anxiété, qui risque bien de s'amplifier dans les semaines et les mois à venir, que traduit l'appel républicain de dix-sept hommes et femmes politiques que nous reproduisons ci-dessous. On ne doit pas se tromper sur sa signification : si des personnalités politiques de premier plan qui ont l'habitude de s'affronter sur la scène publique depuis des années, prennent le risque de s'afficher au bas d'un même texte à quelques jours d'un scrutin dont le président lui a annoncé qu'il serait politique, si cet appel a recueilli la signature de plusieurs hommes et femmes politiques de la droite républicaine, c'est bien que le contexte politique créé par huit mois de sarkozysme est totalement inédit.

 

À lire. À méditer.

 

Avant d'agir ?

 

Pour une vigilance républicaine

 

Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer.

 

Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

 

Leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

 

Leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information.

 

Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.

 

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'Histoire de la République.

 

Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle

 

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre

 

Ségolène Royal, ancien ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes

 

François Bayrou, ancien ministre, député des Pyrénées-Atlantiques

 

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre

 

Corinne Lepage, ancien ministre

 

Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne

 

Bertrand Delanoë, maire de Paris

 

Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher

 

Nöel Mamère, député de la Gironde

 

Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis

 

Marielle de Sarnez, conseillère de Paris

 

André Gérin, député du Rhône

 

Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire

 

Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Loire

 

Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis

 

Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d'études et de recherches gaulliennes

 

 

 

12 février 2008

Les caisses ne sont pas vides pour tous !

Aujourd'hui, je n'évoquerai pas Carla Bruni, Jean Sarkozy ni la dégringolade du papa dans les sondages. Je m'intéresse à ce qui monte : les rémunérations des patrons du CAC 40.

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Exclusif : augmentation de 40% pour trois dirigeants du CAC 40 sur quatre en France en 2007.

 

Les grands patrons français sont désormais les mieux payés d'Europe. Selon l'étude annuelle de Hay Group, publiée mardi 12 février par La Tribune, 77 % des PDG des entreprises du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter de 40 % en 2007. La rémunération annuelle médiane comprenant le salaire de base, les bonus et les stock-options des patrons des géants du CAC 40 – au moins 40 000 employés et plus de 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires –, se monte à 6,175 millions d'euros. À titre de comparaison, un Britannique perçoit 5,85 millions en moyenne, et un Allemand 3,94 millions d'euros. Loin, tout de même, des 12,97 millions d'euros que gagne un grand patron américain.  Selon l'étude, ce sont principalement les bonus qui ont permis cette augmentation substantielle. Et cette part de la rémunération "continue à croître de manière significative", relève Hay Group, soulignant qu'elle a bondi, en 2007, à 1,431 million d'euros pour les mieux payés du CAC, et à 764 000 euros pour le bas du CAC. Les stock-options ont également fortement augmenté (+ 48 % pour 58 % des 135 entreprises étudiées) : leur montant valorisé ainsi que celui des autres actions gratuites a atteint 4,828 millions d'euros pour le haut du CAC 40, et 1,610 million d'euros pour le bas.

 

Seuls les deux tiers des entreprises conditionnent la distribution de ces actions à la performance du dirigeant, souligne l'étude, ajoutant que de plus en plus de PDG bénéficient d'un "matelas de sécurité". En 2007, ils étaient 39 % à ne pas en avoir, contre 60 % en 2006. Quant à la rémunération des patrons des plus petites entreprises du SBF 120, elle atteint 882 000 euros, selon les chiffres de Hay group qui a analysé les comptes de 135 sociétés (CAC 40, SBF 120, plus quinze entreprises telles qu'ASF, Colas, Latécoère, Sanef, Airbus et DCNS).

 

Source : Le Monde.fr

 

 

25 janvier 2008

Les belles histoires de l'Oncle Paul

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L'Oncle Paul se promène dans le jardin du Luxembourg avec sa petite nièce Marie-Bernadette près de la pièce d'eau où voguent les voiliers miniatures.

" Cela me fait penser à mon porte-avions jouet que je faisais naviguer ici-même lorsque j'étais petit" dit-il à la petite fille.

-              C'est quoi un porte-avions ?

-              C'est un gros bateau gris qui transporte des avions pour aller au loin maintenir la paix, enfin, c'est ce que l'on dit maintenant.

-              Cela doit coûter cher !

-              Deux milliards et demi d'euros.

-              Ben dis donc ! Avec tant d'euros je pourrais avoir beaucoup de robes de princesses !

-              Certes mais en fait ce n'est pas si cher que cela !

-              Ah bon, pourquoi ?

-              Regarde moi, tu as vu à la télévision le dernier accident de la Société Générale , ils ont perdu cinq milliards d'euros en quelques jours, cela fait deux porte-avions ! Mais, sois rassurée, notre Président bien aimé – que le Très Haut lui prête longue vie – a déclaré que ce n'était pas grave et le Gouverneur Central de la Banque de France a dit que cela ne couterait rien à personne.

-              Je ne comprends pas tout ! Mais en fait si cela coutait on aurait perdu deux porte-avions ?

-              Oui et non, en tout cas il reste de la marge pour en acheter un ou deux de plus. Notre Président bien aimé – que le Très Haut lui prête longue vie – nous a donné après son élection, aux gens riches comme toi et moi, quinze milliards par an de cadeaux par an.

-              Cela fait six porte-avions par an ?

-              Très bien Marie-Bernadette tu es bonne en calcul !

-              Alors, la Société Générale ce n'est pas grave, pourquoi ils en parlent tout le temps à la télévision ?

-              Ce sont des journalistes socialistes sans doute !

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