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Le suicide : une mode !

 

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Suite au 23° suicide en 18 mois dans son groupe, l’ingénieur général des télécommunications Didier Lombard X 62, Président de France Télécom, membre du Conseil Stratégique des Technologies de l’Information, administrateur de Thalès et de Thomson a déclaré le 15 septembre dernier en présence de Xavier Darcos, Ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville qu’il y avait une « mode du suicide à France Télécom». Une mode, comme les cheveux longs dans les années 70 ou le piercing chez certains jeunes !

Comme beaucoup, j’ai été écœuré par ces propos. Il paraît que l’individu s’est excusé le lendemain ; d’après Médiapart, il aurait confondu avec le terme anglais « mood » qui peut vouloir dire humeur.

Qu’importe ce qui est dit est dit !

La veille, j’avais acheté Ouest France dont l’éditorial traitait de la question et je voulais le publier dans ce blog. Le voici, avec l’autorisation de l’auteur :

« Souffrance au travail : alerte !

Après le nouveau suicide d’une salariée de France Télécom – le 23° en un an et demi – Xavier Darcos a proposé d’envoyer le Directeur général du travail dans l’entreprise, afin que soit mis en œuvre l’accord de novembre 2008 sur la prévention du stress au travail. Pour Patrick Légeron, coauteur d’un rapport sur ce sujet, « il est clair que les entreprises françaises n’ont pas, dans leur majorité, pris la mesure du danger ». Il y a un mois, déjà, Christophe Dejours, auteur du livre Suicide et travail, que faire ? , faisait le constat désolé que l’effort lancé depuis une dizaine d’années « pour favoriser une prise de conscience de cette souffrance » restait sans effet.

Face à de tels drames, l’explication la plus fréquente consiste à invoquer le stress, le « mauvais stress » car il y aurait un « bon stress », dont deux-tiers des salariés déclarent aujourd’hui souffrir. Soumis à la contrainte de profit et de productivité – avec ses rythmes de travail de plus en plus soutenus, l’exigence du « juste à temps » et de la qualité totale -, astreints à des objectifs parfois déraisonnables, sommés de « faire du chiffre », ces salariés subissent une tension qui peut atteindre un point de rupture.

Cette explication est juste, mais un peu courte, car auparavant, les lieux de travail n’étaient pas un lit de roses, les conditions de travail y étaient dures, parfois épouvantables (peur de l’accident souvent plus grave qu’aujourd’hui, peur du contremaître...) et pourtant le suicide, pour ce motif, demeurait exceptionnel.

Alors, certains sont tentés d’invoquer des facteurs externes à l’entreprise, liés à une vie sociale qui se défait et à la fragilité psychologique qui en résulte. Mais le vrai problème se trouve dans l’entreprise elle-même et dans le fait que les relations au travail se sont individualisées.

Ce fait serait très positif, s’il s’accompagnait d’une reconnaissance effective de la personne des salariés. Dans les faits, une mise en œuvre détournée créée souvent une double souffrance.

- Une souffrance sociale suscitée par une culture de la rivalité entre salariés qui voient de défaire les solidarités (cf. Danièle Linhart, Travailler sans les autres ?, éditions du Seuil). (Voir mon message du 9 mars dernier : http://maximilien.hautetfort.com/archive/2009/03/09/manag...)

Comme le dit Christophe Dejours, « la convivialité est contaminée par des jeux stratégiques qui ruinent les relations de confiance ». Un triste signe : le comportement de cette salariée de France Télécom qui, au lieu de partager sa détresse avec ses collègues à l’annonce de sa mutation, s’est retirée dans pour y tenter de mettre fin à ses jours.

- Une souffrance morale provoquée par la contradiction intensément ressentie entre l’appel à s’impliquer dans la tâche, à prendre initiative et responsabilité, et les entraves opposées à leur mise en oeuvre pratique. On demande aux caissières des grandes surfaces accueil, sourire, amabilité, en imposant le rythme d’un client toutes les trois minutes, d’un objet toutes les trois secondes... Résultat : le salarié fait l’épreuve d’un « travail mal fait », de « tâches bâclées » dans un insurmontable conflit. Les médecins du travail constatent un sentiment d’indignité, de dévalorisation de soi et de culpabilité, vécu d’autant plus douloureusement, que la mobilisation dans le travail efface la distinction entre le rôle et la personne du salarié. Et la colonisation de la vie privée par le professionnel, via les portables, n’arrange pas les choses !

Au-delà des restructurations, dont les conséquences peuvent être lourdes, il y a lieu de se réinterroger sur des de métier qui organisent le « vivre ensemble » dans l’entreprise.

Jacques Le Goff Auteur de Du silence à la parole. Une histoire du droit du travail de 1830 à nos jours. Presses universitaires de Rennes.

http://www.legoff-jacques.com/articles-de-fond.html

Ouest France Lundi 14 septembre 2009 »

Je partage, bien entendu l’essentiel des analyses de cet éditorial, je les complète par quelques remarques personnelles issues notamment de mon expérience professionnelle.

1. France Télécom n’est qu’un exemple parmi d’autres

Certes, ce groupe est sans doute en tête dans ce sinistre scénario mais Renault, PSA et d’autres sont concernés.

2. Le phénomène ne se limite pas au secteur privé ou public – passé au privé

Je pense en particulier à la police ou à l’administration pénitentiaire où la souffrance au travail est intense et où les suicides se multiplient.

3. La responsabilité première de la situation tient au modèle de gestion néolibéral en vigueur

Le profit à tout prix pour les actionnaires et leurs mercenaires conduit à peser de plus en plus sur la force de travail, à tous les niveaux : individualisations, évaluations permanentes, concurrence forcée entre les salariés... ; les employeurs n’achètent plus du « savoir faire » mais du « savoir être », de la compétence, selon leurs critères !

4. Et les grandes écoles n’enseignent que ce modèle qui s’est répandu comme un virus

J’ai donné quelques « TD » de ressources humaines à HEC et ailleurs et j’ai vu !

5. Ce qui est relayé par les stages de formation

Voir en particulier le site d’Alternatives Economiques :

http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2009/09/...

6. Les employeurs responsables devraient être poursuivis

Par exemple en vertu de cet article du Code du Travail ci-dessous.

Article L4121-3

L'employeur, compte tenu de la nature des activités de l'établissement, évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication, des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l'aménagement ou le réaménagement des lieux de travail ou des installations et dans la définition des postes de travail.

A la suite de cette évaluation, l'employeur met en oeuvre les actions de prévention ainsi que les méthodes de travail et de production garantissant un meilleur niveau de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs. Il intègre ces actions et ces méthodes dans l'ensemble des activités de l'établissement et à tous les niveaux de l'encadrement.

Maximilien

Commentaires

  • Un autre facteur est le CHOMAGE et la PRECARITE DE MASSE qui engendrent une PRESSION de plus en plus unsupportable.

    Dans une situation comme la nôtre avec plus de 5 millions de chômeurs/rmistes et des millions de précaires à 700€/mois, ceux qui ont encore la chance d'avoir un "bon" job correctement rémunéré, s'y accrochent jusqu'à ce qu'à l'extrême limite mort s'en suive...

    Beaucoup n'ont plus la liberté qu'avaient les actifs des années 60/70 de démissionner en cas de pression trop pesante.

    La solution consisterait donc à "casser" le chômage et la précarité pour rééquilibrer le rapport de force employeur/salarié.

    Et c'est possible !

    La semaine de 4 jours est un concept expérimenté depuis 12 ans dans 400 PME (Mamie Nova, Fleury Michon, Monique Ranou, petits commerces, auto-écoles, restaurants, entreprises artisanales, labos de recherche, petites SSII informatiques...).
    Sa généralisation créerait au minimum 1.6 millions d'emplois CDI/temps plein sans ruiner les entreprises ni l'état, et sans baisse significative des salaires (études INSEE - Caisse des Dépôts et Consignations).

    Témoignage d'un collaborateur :
    « Je travaille comme freelance pour une entreprise, dont le personnel est à la semaine de quatre jours. Je peux vous dire que c'est très agréable, on sent des gens heureux de vivre! Bon, parfois il faut attendre un peu pour avoir certaines réponses, mais il n'y a pas mort d'homme! »

    Cette solution a même été soutenue il y a quelques années par des membres du gouvernement actuel !

    http://www.nouvellegauche.fr/vaincre-chomage/

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