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  • Comment financer les retraites ?

    1526605262.jpg L’atout des gains de productivité

     

     

    Par Pierre Concialdi, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES).

     Contrairement aux dénégations du gouvernement, les changements législatifs et réglementaires de ces quinze dernières années ont principalement consisté à abaisser, de façon considérable, le niveau des pensions. Même avec une carrière complète, la pension d’un salarié moyen calculée selon la réglementation actuelle est inférieure de plus de 30% à celle basée sur les règles du début des années quatre-vingt-dix. Et de moins en moins de salariés peuvent prétendre à une pension complète. Sans véritable réforme, notre système de retraite conduira de plus en plus de salariés vers la pauvreté. D’autres choix sont donc nécessaires : il faut ajuster les ressources aux besoins de financement. Le gouvernement rabâche qu’une hausse des cotisations nuirait à la compétitivité des entreprises, qu’elle serait insupportable pour les salariés. En réalité c’est loin d’être le cas.

    Considérons d’abord une hypothèse neutre du point de vue des entreprises, celle où les salariés financeraient eux-mêmes leurs retraites. Même dans le cadre des scénarios officiels, une hausse des cotisations est tout à fait possible. Dans le scénario central du Consei d’orientation des retraites (COR), le salaire moyen devrait doubler, en pouvoir d’achat, en quarante ans. Ce résultat, qui peut surprendre nombre de salariés, repose sur des hypothèses qui ne sont pas exagérément optimistes : des gains de productivité de 1,8% et un partage entre salaires et profits qui demeure simplement stable, ce que personne ne conteste. La hausse des cotisations qui serait nécessaire pour financer les retraites aboutirait à prendre une partie de ces gains de pouvoir d’achat, si bien qu’au bout du compte les salaires nets (cotisations déduites) augmenteraient d’environ 90% et non de 100%. La différence n’est pas mince. Mais cela permettrait d’engranger des gains de pouvoir d’achat bien plus importants qu’au cours des trente dernières années. Plus de gains de pouvoir d’achat avec des pensions préservées : est-ce une perspective si dramatique ? Le plus simple serait de poser la question aux salariés.

    Le gouvernement qui prétend agir « sans tabou » se garde bien d’ouvrir le débat. Car il lui faudrait alors poser la question du partage des gains de productivité, pour le futur comme pour le passé. Dans le passé, on sait que ces gains sont allés massivement aux revenus du capital. C’est la raison pour laquelle une proportion croissante de salariés ont aujourd’hui de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Pour le futur, personne ne préconise la poursuite de cette tendance. C’est pourquoi les scénarios du COR aboutissent à des gains de pouvoir d’achat qui peuvent paraître utopiques après trente années de rigueur salariale. Mais le projet inavoué du gouvernement est de continuer à comprimer les salaires. Le slogan « travailler plus pour gagner plus » a pour fonction de nourrir cette idée selon laquelle les salariés n’auraient désormais plus droit aux gains de productivité.

    Envisageons maintenant une hypothèse un peu plus audacieuse et si les entreprises participaient au financement des retraites ? Le gouvernement avance l’idée que cela nuirait à la compétitivité, mais cet argument ne résiste pas à l’analyse. Une étude de la Banque de France montre que la France est, après la Norvège, le pays où la productivité du travail est la plus élevée, supérieure d’environ 40% à la moyenne de l’Union européenne (à 15). Et la France figure parmi les pays où les coûts de la main-d’œuvre sont les moins élevés des pays développés, surtout pour la main-d’œuvre ouvrière. Bref, notre pays est très bien placé en termes de compétitivité-coût.

    Si aujourd’hui les résultats ne sont pas au rendez-vous, c’est le problème des entreprises et non celui des salariés.

    L’explication que l’on peut avancer est la suivante. Avec les exonérations de cotisations sociales dont elles ont bénéficié, les entreprises se sont accoutumées à la baisse des coûts salariaux qui est devenue, de plus en plus, un élément de leur stratégie. Pour les pays développés, une telle stratégie est vouée à l’échec car les efforts d’innovation et de recherche constituent les facteurs déterminants de la compétitivité. Une hausse des cotisations peut constituer non seulement un moyen de financer les retraites, mais aussi un aiguillon qui pourrait remettre davantage d’entreprises sur un sentier de compétitivité mieux adapté au développement de notre pays.

    L’Humanité samedi 24 mai 2008

  • Xavier Bertand et les retraites

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    Xavier Bertrand a un « petit » CV :

    Maîtrise de droit public. Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) d’administration locale. Assistant parlementaire du sénateur de l’Aisne, de 1987 à 1992. Agent général d’assurances, de 1992 à 2004.

    Cela ne l’empêche pas sous une allure « bonhomme » d’être particulièrement nuisible, sauf au MEDEF.

    Xavier Bertrand dans le JDD du 18 mai dernier : « Pour garantir notre système de retraite, on ne sait pas faire autrement que de passer à 41 ans. L’espérance de vie est aujourd’hui à 81 ans en moyenne, alors qu’elle n’était que de 75 ans en 1982 avec une retraite à 65 ans. On vit de plus en plus longtemps, les Français le savent. Donc, il faut travailler un peu plus longtemps ».

    Ce genre de raisonnement « de bon sens » me fait penser à d’autres « vérités qui vont de soi », par exemple en géométrie. Il y a peu, à l’échelle historique, la géométrie euclidienne allait de soi, par un point extérieur à une droite ne pouvait se trouver qu’une parallèle à cette droite. Et pourtant, dans la géométrie de Riemann il n’y a aucune parallèle possible, dans la géométrie de Lobatchevski il y en a une infinité ; et la cosmologie contemporaine a évacué la géométrie euclidienne !

    Pour favoriser l’emploi des seniors Xavier Bertrand envisage de relever de six mois par an l'âge plancher de dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs (57,5 ans actuellement) et il propose de supprimer le «pécule» de départ en retraite pour les personnes n'ayant pas cotisé à taux plein. Ces mesures ne créeraient aucun nouvel emploi senior puisque pour la majorité des employeurs on est « vieux » à partir de 45 ans !

    60-41=19 : donc il faudrait commencer à travailler à 19 ans pour avoir cotisé à taux plein alors que l’entrée dans la vie active se fait plutôt vers 24 ans ; par conséquent le passage à 41 ans ne ferait que faire baisser le niveau des retraites sans résoudre le problème de l’équilibre du système.

    À ce propos, selon le Conseil d’Orientation des Retraites, les déséquilibres seraient de 25 G€ en 2020 et de 70 G€ en 2050. Alors que selon un rapport très critique issu de l’administration même, les aides publiques aux entreprises dans le budget de l’État étaient de 57 G€ en 2005 dont 17 G€ d’allégements de charges. Voila le gisement où trouver de quoi combler les déséquilibres ! Mais le MEDEF n’est pas d’accord !

    Il est vrai que l’adage suivant est toujours d’actualité : « il vaut mieux prendre aux pauvres, certes ils ont peu mais ils sont nombreux » !

    N.B. : cliquez sur les liens pour accéder aux sources.

    1 G€ =  milliard d’euros